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Un petit rayon de soleil dans le ciel noir: Il était deux frères nés à Seltz ; le cadet s’appelait Charles et l’aîné se prénommait Henri. Nous sommes en mai 1944, les murs de l’édifice du III Reich qui paraissaient si solides commencèrent à se lézarder ….
Charles, incorporé de force dans la Wehrmacht se trouvait en Italie pour s’opposer aux troupes américaines et alliées qui avaient débarquées dans la péninsule depuis septembre 1943. Les alliés avaient lancé une grande offensive près de Cassino. Complètement épuisé par la durée et l’âpreté des combats Charles s’est assoupi un instant et, à son réveil, s’est retrouvé découvert par une demi douzaine de fantassins français en file indienne. Il courut vers eux les mains en l’air en criant « Ne tirez pas, je suis Français !»  Mais l’homme de tête lui avait déjà lancé une grenade. Charles, qui a eu le réflexe de se jeter à terre, réussit à éviter le pire, mais fût néanmoins blessé.

Lorsqu’il rouvrit les yeux, des soldats au teint basané l’entouraient et le menaçaient de leur baïonnette ; il s’agissait de tirailleurs marocains avec lesquels la communication était impossible à établir ! Heureusement, un gradé est intervenu pour faire évacuer Charles dans l’hôpital de campagne d’Acerra.

henri_spangenbergerHenri, militaire de carrière, avait déjà atteint le grade de capitaine à cette époque et  commandait un escadron du  3ème Régiment de Spahis algériens. Comme son frère, il était censé servir sous l’uniforme nazi, mais suite à une hospitalisation à Lyon, il réussit à s’enfuir pour rejoindre, via l’Espagne, son régiment à Batna en Algérie. Henri,  ou plutôt « François » qui était devenu son nom d’emprunt, avait débarqué en décembre 43 dans la région de Naples.

Le capitaine François qui attendait le signal pour lancer une vaste offensive à l’ouest de Cassino reçut le 14 mai 44 ce message totalement inattendu : «Pouvez-vous venir ? Votre frère est ici, prisonnier». Il y avait plus de quatre années qu’ils ne s’étaient pas revus. Il sauta immédiatement dans sa jeep…

charles_spangenbergerCharles, à travers la fenêtre de l’hôpital, vit arriver une jeep couverte de poussière. Il ne reconnut son frère qu’à sa manière de réajuster sa tenue et de nettoyer ses lunettes. Il dévala l’escalier aussi rapidement que lui permettait sa blessure et cria « Henri ! ». Son frère allait passer à coté de lui sans le reconnaître ! En se retournant Henri le reconnut enfin et s’exclama : « Mon Dieu, c’est donc vrai ! »
Ainsi on pu voir cette image insolite d’un officier français tombant dans les bras d’un soldat en uniforme allemand devant des passants médusés…

Henri Spangenberger connut une brillante carrière militaire puisqu’il atteint le grade de Général de Brigade et fut élevé au rang de commandeur de la Légion d’honneur. Il a aussi connu la joie insigne de participer à la libération de sa ville natale des envahisseurs le 19 mars 1945. Seltz a donné son nom à une rue et à une place, honneurs qui lui sont  très largement dus. Il est décédé le 28 mars 1993 en Vendée.

Charles Spangenberger, à sa sortie de l’hôpital, profita, comme il avait déjà essayé sans succès auparavant, de déserter de la Wehrmacht et s’engagea dans l’armée française. Après la guerre, il fonda sa famille à Seltz où il bénéficia d’une retraite active et bien méritée.